Les travaux de restauration de 2015

L’œuvre, dynamique lors de sa création, s’est dégradée au fil du temps et est devenue inerte.

C’est d’abord le Spectacle Audiovisuel Luminodynamique sur le façade du Palais des Congrès qui s’est éteint, ensuite la Tour devint muette, puis immobile et finit par s’éteindre à son tour.
Les causes de cette dégradation prématurée sont multiples.

Tout d’abord il n’y a plus de volonté de produire le spectacle complet et l’œuvre se sépare en deux, d’une part le Spectacle Audiovisuel Luminodynamique devient l’éclairage d’apparat de la façade du Palais des Congrès. Il sera utilisé de manière intermittente. D’autre part, la Tour devient indépendante et prend un statut de sculpture autonome mais reste une attraction permanente.
Rapidement, la communication fut rompue entre les 2 entités (Tour et Spectacle Audiovisuel Luminodynamique) ; le système de contrôle central devient obsolète. Le Spectacle Audiovisuel Luminodynamique ne verra des années 60 que le début.

Au début des années 70, ce qui reste des équipements électromécaniques et acoustiques est hors service. 55 ans plus tard, la tour est toujours là. Elle a tout perdu, mais l’acier résiste.

Cette réalisation n’aurait pas été possible à l’époque sans l’aide financière et technique de la société Philips. La réalisation se voulait grandiose et unique ; le budget fut en conséquence.
L’ensemble devait renforcer par son aspect visuel les fastes liés à l’inauguration du Palais des Congrès.

En contrepartie, il semble clair que le projet n’ait pas été pensé par les entrepreneurs dans un objectif de durabilité et de maintenance, mais plutôt comme une expérience et une vitrine technologique. Schöffer avait réalisé, dans les années précédentes, deux tours éphémères pour des foires, elles furent démontées à la fin de celles-ci. Les aspects énergétiques n’étaient pas non plus pris en considération, (Nicolas Schöffer envisageait pour son projet de tour ATC à Paris de placer au sommet un laser de 10 MégaWatts !). Mais cette consommation électrique importante n’était guère adaptée à une utilisation permanente.

Quels ont été les points faibles qui ont accéléré la dégradation ?

Les nombreux projecteurs extérieurs se sont rapidement dégradés, à cause de leur étanchéité médiocre, certains étant de plus accessibles aux passants et vandales. Les ampoules à incandescence de l’époque avaient des durées de vie assez courtes particulièrement lorsqu’elles sont fréquemment commutées, et n’ont plus été remplacées.

Le bon fonctionnement dépendait d’un câblage électrique très dense, reliant des zones distantes, ramenant le tout au local de contrôle. Ce câblage était indépendant des autres installations du Palais des Congrès, probablement peu ou mal documenté et donc pas entretenu. Aucune connaissance détaillée sur ce câblage n’a été laissée par les concepteurs.

Les normes en matière de sécurité de l’époque étaient peu exigeantes pour le matériel électrique.

Les disques colorés des projecteurs de la façade « Spectacle Audiovisuel Luminodynamique » façonnés par l’artiste, se sont rapidement déformés ou fendus sous l’action de la chaleur, rendant le fonctionnement impossible ou erratique par la friction lors de la rotation dans les bacs à lumière.

Les magnétophones (certainement l’élément le plus fragile) n’ont pu résister très longtemps à l’humidité, au gel, puis au vandalisme dans la petite vitrine au pied de la tour.

Les bandes magnétiques ont livré un contenu fragmentaire et de mauvaise qualité.

Enfin le système de commande, principalement électromécanique, n’a pu résister au temps à la poussière et à l’oxydation des parties mobiles et des contacts électriques dans des locaux humides. De plus, pour contrôler le spectacle complet, le système n’était pas entièrement automatique et devait être piloté par des techniciens, ceux la même qui l’avaient conçu.

Si bien que sans l’artiste et ces techniciens disparus, personne ne pouvait plus utiliser l’ensemble.

Objectifs des travaux de restauration de 2015 : restaurer, compléter, intéresser.

C’est le classement de l’œuvre sur la liste du Patrimoine exceptionnel de Wallonie qui a permis de rendre possible sa restauration. Le dossier de restauration a fait l’objet d’une procédure de Certificat de Patrimoine composé de représentants de la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles, de représentants de la Direction de la Restauration et de la Direction des Bâtiments subsidiés, ainsi que de l’Institut du Patrimoine wallon.

La restauration de la Tour cybernétique a permis de reproduire les effets d’origine de l’ouvrage au moyen de techniques nouvelles, grâce entre autres aux recherches suivantes :

  • recherche et reconstitution à l’identique du programme de gestion lumineuse,
  • recherche et reconstitution à l’identique des mouvements de l’ouvrage (concerne la tour proprement dite),
  • recherche, numérisation et restauration des bandes sonores d’origine,
  • recherche et reconstitution à l’identique du programme de gestion sonore, dynamique et lumineuse.

À partir des résultats de ces recherches et avec l’aide de spécialistes (informaticien, concepteurs d’éclairage, spécialistes en sonorisation, électromécanicien,…) un schéma de principe de fonctionnement a été remis en œuvre de manière informatique, en employant des équipements permettant de mettre en œuvre un système pérenne à la maintenance relativement réduite.

Restaurer

L’œuvre a été restaurée dans son état d’origine. Son aspect et son fonctionnement sont identiques. L’esprit de l’artiste a été respecté.

Compléter

De nouvelles technologies ont été utilisées Ces nouvelles technologies n’altèrent pas l’œuvre originale, mais au contraire lui apportent des extensions souhaitées par l’artiste, une plus grande durabilité ainsi qu’une consommation énergétique maîtrisée.
La notion de capteurs a été élargie, en installatant des capteurs d’activités dans la ville de Liège.
L’accent a été mis sur la recherche de solutions de grande fiabilité résistant à l’épreuve du temps.
L’ensemble des systèmes est entièrement documenté.

Intéresser

Par le biais du site web, il est possible à tous de communiquer avec la Tour, de tenter d’influencer ses comportements, et ajoutant de cette manière d’autres entrées dans le système cybernétique, et en permettant ainsi de « créer la création ».

PARTENAIRES

Maître de l’ouvrage
Ville de Liège

Auteur de projet
bureau d’architecture Greisch

Accompagnement du Maître de l’ouvrage
Institut du Patrimoine wallon

Pouvoirs subsidiants
SPW-DGO1-Département des Infrastructures subsidiées
SPW-DG04-Département du Patrimoine
Province de Liège

Travaux
Société momentanée Galère-Duchêne

COÛTS ET FINANCEMENTS

Le projet global (restauration de la Tour elle-même, du local technique qui la commandait à l’origine, ainsi que des terrasses du Palais des Congrès voisin) représente un investissement total de l’ordre de 3,3 Mi €, travaux et honoraires TVAC.

La clef de répartition des subsides sur travaux est la suivante :

  • 60 % des Pouvoirs locaux (DGO1),
  • 28 % du Patrimoine (DGO4),
  • 2 % de la Province de Liège,

le solde étant à charge de la Ville, propriétaire.

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