SCAM 1, la première sculpture automobile constituée par une sculpture chronodynamique – CHRONOS 10 – et par un véhicule spécialement réalisé par le Département Art et Industrie de la Régie RENAULT, avec la collaboration de la Galerie Denise René, parcourut pour la première fois les rues de Milan en 1973 et celles de Paris en 1974. Avec SCAM 1, ce n’était plus au public d’aller vers l’art, mais l’art qui allait vers le public.

La TOUR LUMIERE CYBERNETIQUE (TLC) devait dresser ses 307 mètres de spectacle lumineux, de projecteurs et de miroirs d’acier au cœur du quartier de La Défense. Programmée par les informations venant de Paris, calme ou excitée, la TLC devait refléter la vie de la ville. Sans la mort du Président POMPIDOU, la TLC serait le grand centre d’attraction mondial de Paris – La Défense.

KYLDEX 1. (Kybernetische Lumino-dynamische Experiment 1.) spectacle expérimental cybernétique fut donné en février 1973 à l’Opéra de Hambourg, où le public avait la possibilité, par un jeu de panneaux colorés, de demander des explications, de faire répéter, accélérer ou arrêter les séquences, influant ainsi sur la création même du spectacle.
Il se tourne enfin vers une solution artistique aux problèmes d’un public très particulier, celui des jeunes et des adolescents.

De 1975 à 1988, Il met au point un “instrument d’image”, le VARETRA, puis le GRAPHILUX, qui, à l’instar des “instruments de musique”, sont de véritables outils de pédagogie artistique et des “déclencheurs de créativité” s’intégrant, pour les plus petits , dans un système d’alphabétisation esthétisé ; après avoir donné des résultats probants en Hongrie et suscité l’intérêt de l’UNESCO, la méthode d’enseignement liée à ces instruments sera bientôt en voie d’expérimentation dans les écoles maternelles d’Amiens.

En 1985, il crée les PERCUSSONOR, “sculptures à taper dessus pour transformer la violence en beauté”, œuvres monumentales destinées aux quartiers chauds des villes à problèmes.

De 1948 à 1991, donnant corps à ses idées novatrices – le Spatiodynamisme, le Luminodynamisme, le Chronodynamisme, l’Art cybernétique, – les œuvres se suivent : les SPATIODYNAMIQUE, les LUX, les CHRONOS, CYSP 1 qui fut la première sculpture cybernétique autonome de l’histoire de l’art (1956), le MUSISCOPE, les MICROTEMPS, les MUR LUMIERE, les PRISME, les LUMINO, les BOITES à EFFETS, les SOLEIL, les BASCULANTE, les HYDROTHERMOCHRONOS, le VARETRA-GRAPHILUX, les SOLEOLSOL et les PERCUSSONOR. Derrière ces noms aux consonances un peu barbares se cachent des effets lumineux et parfois sonores aux variations infinies qui plongent celui qui les regarde dans un univers merveilleux à la fois relaxant et sthénique.

À l’échelle monumentale, inscrites dans l’environnement urbain, les æuvres les plus importantes sont la TOUR CYBERNETIQUE DE LIEGE (1951, 52 m, restaurée au moyen de technologies contemporaines), CHRONOS 14 (San Francisco, 1975, 20 m), CHRONOS 15 (Bonn, 1977, 20 m), CHRONOS 10B (Munich, 1980, 16 m), la TOUR LUMIERE CYBERNETIQUE DE KALOCSA (Hongrie, 1982, 26 m), TOUR D’AIN (Autoroute Paris-Lyon-Genève, 1988, 27 m) et LYONEON, Tour Lumière cybernétique de Lyon (1988, 30 m). La programmation cybernétique de cette dernière, dépendant du passage des usagers et du trafic des rames, rend visible l’activité souterraine et proche de la Station Grange-Blanche du nouveau Métro de Lyon.

Parallèlement, il précise et développe sa pensée et ses nouvelles théories sur l’art :
Le Spatiodynamisme (Éditions AA, Boulogne sur Seine, 1955)
La Ville Cybernétique (Éditions Tchou, Paris, 1969 ; Réédition Denoël-Gonthier, Paris, 1972)
Le nouvel esprit artistique (Éditions Denoël-Gonthier, Paris, 1970)
Entretiens avec Philippe Sers (Éditions Belfond, Paris, 1971)
La Tour Lumière Cybernétique (Éditions Denoël-Gonthier, Paris, 1973)
La nouvelle charte de la ville (Éditions Denoël-Gonthier, Paris, 1974)
Art et Société (Album, Éditions Denoël-Gonthier, Paris, 1976)
Perturbation et Chronocratie (Éditions Denoël-Gonthier, Paris, 1978)
La Théorie des Miroirs (Éditions Belfond, Paris, 1981)
Surface et Espace (Éditions Capitales, Paris, 1990)

Au Centre Georges Pompidou, la Cinémathèque lui a rendu hommage en 1988 en présentant 22 des quelque 50 films qui jalonnent son œuvre au fil du temps, films dont il est l’auteur ou le sujet, parmi lesquels les Variations Luminodynamiques qui font de lui le père de l'”Art Vidéo” (1961) et Microtemps qui a eu le prix du court métrage au Festival de Gratz en 1984.
Un film encore inédit, réalisé avec beaucoup de soin après sa mort, montre l’œuvre et les idées majeures qui la sous-tendent.

On ne peut rendre compte de l’œuvre de Nicolas Schöffer sans évoquer son incessante activité de “communication”. En effet, son inlassable recherche n’a pas été le fait d’un artiste solitaire en quête d’une réussite personnelle. Toute son œuvre tend à déboucher sur une proposition beaucoup plus vaste : rendre à l’homme d’aujourd’hui (que le progrès, après l’avoir libéré, risque maintenant d’asphyxier) un milieu qui assure son plein épanouissement. Loin de rejeter ce progrès, l’homme de demain saura le maîtriser et même le devancer par le truchement de l’art “qui doit être essentiellement prospectif et défricheur” pour l’adapter au mieux-être de tous.

Professeur à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, où il a créé avec l’architecte Maymont la section UP7, appelé dans le monde entier à donner des cycles de cours, de conférences, des articles et des interviews, Nicolas Schöffer, par sa pensée, a incontestablement ébranlé bien des consciences dans le sens évolutionniste et progressiste de la révolution, ou dans le sens révolutionnaire de l’évolution et du progrès. Ce faisant, il a participé au renouvellement des optiques et des formes de notre temps et à une réflexion qui était devenue nécessaire sur l’importance de l’environnement humain dans la perspective d’une “intégration urgente de la ville dans l’art” car “réussir la ville c’est réussir la vie de ceux qui à la fois la servent sans être asservis et se servent d’elle sans l’asservir“.

Membre de l’Institut de France, Académie des Beaux-Arts, depuis 1962, Officier de la Légion d’Honneur, Commandeur dans l’Ordre National du Mérite et Officier des Arts et Lettres, Nicolas Schöffer a également reçu de son pays natal, la Hongrie, les honneurs de l’Ordre du Drapeau. A Kalocsa, la maison où il est né a été transformée en Musée et un Symposium consacré à l’art contemporain d’avant-garde réunit tous les deux ans à tour de rôle les spécialistes des différentes disciplines.

Ses toutes dernières recherches ont fait intervenir l’ordinateur. Après les “VARIATIONS SUR 600“, structures sonores composées sur le grand ordinateur 4X de l’IRCAM en 1963, avec la collaboration technique de Marc BATTIER, ce sont des structures visuelles polychromes à combinatoire, les ORDIGRAPHICS, que Nicolas Schöffer crée à la suite des CHOREOGRAPHICS et COLLEOGRAPHICS qui constituent, avec les ORDICOLS son “œuvre de main gauche”, accomplie de 1986 à 1991, alors que, paralysé du côté droit, il continue non seulement de travailler, mais aussi de réfléchir et dicte son dernier livre “Surface et Espace” (Editions Capitales) illustré de nombreux choréographics noir et blanc et accompagné de planches couleurs.

Nicolas Schöffer s’est éteint, dans son Atelier de la Villa des Arts à Montmartre, mais ses idées et son œuvre continueront de vivre longtemps, témoins d’un futur en voie de s’accomplir, pour peu que la conscience collective consente à quitter les habitudes sécurisantes et pourtant néfastes de réalités périmées, et à faire confiance à toutes les extraordinaires possibilités qu’offre notre époque.

Source : Eléonore Schöffer